Comme je vous l’avais promis, je vous apporte la traduction d’un article du blog de Mick Foley (article accessible dans sa totalité en anglais ici), tout du moins tout ce qui concerne l’ancien lutteur de la WWE Chris Benoit compte tenu de la longueur monumentale de l’article. A titre d’information, cet article s’avère être une lettre ouverte à tous les lutteurs professionnels du monde afin de les prévenir des dangers des drogues (stéroïdes, anti-douleurs, stupéfiants), des coups dangereux (sur la tête notamment) qui ont souvent été monnaie courante dans le milieu de la lutte professionnelle. Vous verrez que malgré les coupures que j’ai choisi d’effectuer, il y a encore beaucoup à lire.

MICK FOLEY : « De toute évidence, en me relisant, j’ai bien plus parlé de la mort de Chris Benoit que ce que je pensais faire en premier lieu. Pour des raisons qui ne seront peut-être jamais connues dans leur intégralité, Chris Benoit a assassiné sa femme et son enfant avant de se suicider. Cette série d’évènements a ébranlé les fondations du monde de la lutte, et pendant un long temps – des semaines, des mois – cela m’a fait beaucoup réfléchir et m’a même rendu honteux de faire partie de ce milieu. Il y a pu y avoir de brefs moments durant ma carrière où je me suis demandé ce que je faisais dans ce milieu qui m’ont chamboulé et parfois fait mal, mais dans les quelques semaines qui ont suivi ces actions qu’on croyait impensables, je me suis senti malade à la simple idée d’aller me promener, de penser que je pourrais être regardé, pointé du doigt et désigné comme « l’un d’eux ».

La presse n’a pas vraiment aidé. Il a vite semblé que la plupart des journalistes n’étaient intéressés que par le taux d’audiences que rapporteraient les informations qui se rapprochaient de leur explication tenant en deux mots : « rage bestiale ». Je ne suis pas spécialement pour faire la chasse aux sorcières envers les grands médias, mais il me semble que dans toutes ces heures de télévision consacrées aux informations, il y aurait pu avoir plus de place pour des propos plus nuancés et une véritable investigation plutôt qu’une parade de beaux-parleurs et une telle précipitation à juger et condamner. Je suis presque devenu l’un de ces beaux-parleurs, après avoir accepté d’aller à l’émission The O’Reilly Factor, avant qu’une amie de ChildFund International n’arrive à me convaincre de reconsidérer la chose. « Tu as tant fait pour aider les gens », a-t-elle dit. « Tu es sûr de vouloir risquer tout ça juste pour être dans son émission ? »

« Je pense qu’on peut avoir un bon débat », avais-je répondu.

« Oui, Mick, vous pourriez… mais tout dépend de son choix. Veux-tu lui faire confiance pour faire ce choix à ta place ? »

Pas vraiment. Ce qui était probablement une bonne décision, surtout après avoir vu Bill se déchaîner sur l’un de ses invités-lutteurs (je ne me rappelle honnêtement pas qui – il y en a eu tellement en à peine quelques semaines) sans raison particulière, puis présenter des informations soigneusement choisies sur la célèbre affaire du meurtrier Lionel Tate sans jamais mentionner que les juge et jury avaient unanimement rejeté le choix aberrant de l’équipe chargée de le défendre qui avaient plaidé l’homicide involontaire à cause de la lutte (ils avaient essayé de rejeter la responsabilité du meurtre d’une petite fille sur l’imitation que Tate avait fait des mouvements de lutte qu’il avait vu à la télévision). Je ne suis pas un détraqueur de O’Reilly non plus; il n’est pas pire que d’autres, même si son utilisation de l’affaire Tate était un remarquable exemple de cette volonté de parler de choses là où elles n’ont aucune raison d’être mentionnées.

Mais il y avait quelque chose en moi qui voulait réellement s’exprimer. J’avais l’impression que le milieu de la lutte était injustement blâmé des morts haineuses causées par Benoit, et je voulais le défendre. Mais aucun des gars du milieu n’arrivaient à s’exprimer clairement – même Kevin Nash, l’un des gars les plus intelligents de cette industrie, n’arrivait pas à étayer son argumentation sans subir des interruptions incessantes sur Hannity & Colmes. Sérieusement, seuls Chris Jericho et Bret Hart sont arrivés à s’exprimer – pour ce qui est de Jericho, parce qu’il a été assez intelligent pour n’apparaître que s’il ne faisait pas partie d’un ensemble d’invités, là où se confronter et crier sont vivement encouragés.

Je voulais avoir mon mot à dire, mais je suis arrivé à la conclusion qu’il était préférable d’attendre que la fumée du feu se soit dissipée et que la course aux audiences soit terminée. Je savais que les retombées de cette affaire seraient très longues dans le milieu de la lutte, et qu’éventuellement j’aurais une chance d’y apporter un peu plus de sens. J’ai même pensé écrire un roman, Lettres à Eddie, en essayant de me mettre dans la tête de Chris Benoit durant les derniers mois de sa vie et d’expliquer la frustration, la rage et la peur qu’il aurait pu exprimer à travers son journal intime dédié à son meilleur ami décédé, Eddie Guerrero. J’ai eu énormément d’idées qui m’ont traversé la tête durant les premières semaines, et je me sentais prêt à pouvoir en faire quelque chose. Je savais très bien que ce n’était pas aussi simple que la « rage bestiale » que la presse essayait de blâmer, ou, plus tard, les blessures à la tête que le père de Chris voyait comme seules fautives. Évidemment, l’historique de stéroïdes de Benoit peut très bien être une partie du problème, tout aussi bien que de multiples commotions cérébrales. Mais j’ai l’intime conviction que chacune de ces choses n’est qu’un ingrédient dans un complexe mélange de facteurs, amplifiés selon le temps et les circonstances, possiblement à leur paroxysme au plus mauvais moment possible de la plus mauvaise manière possible.

Je pense que c’est entièrement possible (et même probable) que Benoit n’aurait jamais eu une série de grosses coupures dans sa carrière sans l’impressionnant physique que les stéroïdes avaient rendu possible. Mais à un certain moment, quand il était une grande star depuis plusieurs années, je crois que la seule personne qui pensait que Chris Benoit avait toujours besoin des stéroïdes pour maintenir sa carrière au top était Chris lui-même. Apparemment Chris était si psychologiquement dépendant de maintenir son allure qu’il n’a jamais arrêté les stéroïdes même quand il récupérait de sa chirurgie de la nuque, même quand le public ne le voyait plus pendant plusieurs mois. Alors il y a des chances que son usage de drogues de longue date ait joué un rôle, mais l’idée même du gars qui « explose » juste à cause des stéroïdes est pour moi hautement improbable, surtout en considérant l’effarante nature des meurtres et du suicide.

Je comprends parfaitement toute l’emphase que le père de Chris Benoit a placé dans les blessures à la tête de son fils dans une tentative d’expliquer l’inexplicable; vivre avec la tragédie et pourtant réalité que son fils est le responsable de toutes ces morts est un fardeau bien trop lourd à porter pour que je puisse seulement l’imaginer. J’ai entendu Monsieur Benoit dans une émission de télévision, parlant de la gravité des coups que Chris a pris au cours des années de chaises, tables, poubelles – toutes ces choses auxquelles je suis de très près associé. Ce qui est sûr, c’est que Chris Benoit a eu une bonne expérience de ce genre de matchs, mais je pense que tous ces traumas cérébraux sont le résultat d’un style de dur à cuire qui n’a jamais cessé au cours du temps.

Tout ce qu’il faisait était juste tellement intense; chaque manchette, chaque souplesse, chacun de ces coups de têtes plongés effectués depuis la 3ème corde. Je pensais qu’il reviendrait de sa chirurgie de la nuque avec un style un peu plus tranquille; je pensais avant tout qu’il enlèverait ce coup de tête plongé de son répertoire de prises habituelles.

Par nécessité, la plupart des gars qui luttent dans un style physiquement éprouvant finiront tôt ou tard par calmer les choses, changer leur style, incorporer un peu plus de légèreté dans leur personnage s’ils veulent continuer à lutter après l’instant où Mère Nature commence à suggérer qu’ils doivent y aller plus doucement. Presque tout le monde ayant eu une longue place sous les feux de la rampe a trouvé un moyen. Je sais que je l’ai fait, prenant un virage pratiquement à 180° pour devenir un personnage comique avec une chaussette en guise de marionnette après toutes ces années à faire les choses hardcore. Mais Benoit n’a jamais changé. Il continuait à être à pleine vitesse chaque soir, avec très peu de comédie ou même de promos pour mettre moins de pression sur son corps, surtout quand vint le temps où il se prenait quelque chose dans la tête presque chaque soir.

Je ne cherche pas non plus à nier la gravité de cette crise que sont les commotions cérébrales dans le milieu de la lutte. Croyez-moi, j’y pense chaque jour, me demandant si je n’ai pas prit trop de coups sur la tête pendant trop longtemps, et quel prix je devrais payer pour avoir fait cela. Je crois qu’il y avait un consensus il y a plusieurs années sur le fait que prendre des coups de chaise sur la tête sans aucune protection était simplement la meilleure chose à faire pour cette industrie. Je veux dire que cela avait l’air si convaincant pour la caméra, à cette époque où les gens étaient encore complètement emballés à l’idée de voir ce type d’images. Maintenant, c’est un consensus complètement ridicule à seulement imaginer. A part pour une énorme raison, où un coup de chaise doit avoir à tout prix, quoi qu’il en coûte, l’air totalement dévastateur pour la caméra (et même là ça soulève beaucoup d’interrogations), tout lutteur est dans l’obligation de se protéger de ses mains quand une chaise est en route pour le frapper.

[…]

Quelques mois après les morts causées par Benoit, j’ai demandé à la WWE si je pouvais aller parler aux lutteurs de leurs deux territoires de développements, Ohio Valley Wrestling et Florida Championship Wrestling, et faire passer n’importe laquelle des connaissances ou lequel des conseils que je pouvais afin de garantir qu’une telle tragédie ne se reproduise pas à l’avenir. En vérité, l’affaire Benoit fut probablement la plus parfaitement horrible tempête, de celles que notre industrie ne reverra plus jamais, mais un seul coup d’oeil à la liste sans cesse grandissante des morts de lutteurs suffit pour savoir que certaines erreurs sont répétées encore et encore. J’avais dans l’intention d’armer ces jeunes lutteurs avec autant de renseignements que possible afin qu’ils prennent les meilleures décisions possibles pour eux-mêmes. Je ne prétends pas avoir toutes les réponses, mais j’espérais au moins que mes expériences et conseils ajouteraient une nouvelle perspective à la conversation somme toute obligatoire sur la vie et la mort dans le milieu de la lutte professionnelle.

On pouvait même considérer cela comme de la nourriture, que les jeunes pouvaient selon leur bonne volonté digérer et absorber en eux ou éliminer de leur système aussi vite que possible. J’ai trouvé les discussions très efficaces – et qui sait, certains ont peut-être pleinement écouté. J’ai parlé à un total d’à peu près cent hommes et femmes, tous des lutteurs et lutteuses que la WWE avaient assez endurcis pour être dans leurs programmes de développement. Ces hommes et femmes étaient préparés à être les stars de demain – et certains le sont aujourd’hui. Mais il y a des milliers de lutteurs professionnels là-dehors, et c’est impossible de leur parler à tous. Alors je vais utiliser cet article comme un moyen, je l’espère, d’en atteindre encore d’autres. A nouveau, je ne vais pas prétendre que j’ai toutes les réponses, ou que m’écouter aura un effet profond sur beaucoup de vies. Mais j’espère que ça en intéressera certains. Et bien qu’habituellement je fais de mon mieux pour ne pas être un prêcheur, pour ce coup-là, j’en connais probablement plus que la plupart d’entre vous. Alors je vais faire de mon mieux pour partager mes sentiments/connaissances/conseils, dans ce que j’aime à appeler une lettre ouverte à tout lutteur : du passé, du présent et du futur.

[…]

Il y a toutes sortes d’excuses possibles mais aucune raison légitime pour l’effarante liste de morts que j’ai essayé de dresser. Nous devons tous réaliser qu’aussi horrible que cela soit parfois, et aussi beau que cela soit souvent, l’industrie de la lutte ne mérite pas qu’on meure pour elle.

Et bien voilà – des milliers de mots et de conseils venant d’un gars avec un long historique de blessures à la tête. Je ne m’attends pas à ce que mes écrits aient vraiment d’impact sur beaucoup de monde, mais selon les termes de Gerald Brisco, « Si une seule personne y prête attention, ça en vaut la peine ». »

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